Un outil d’intelligence artificielle déployé dans une équipe modifie les tâches, les repères et la charge de chaque salarié, et avec eux l’exposition aux risques psychosociaux (RPS). Le pôle SMC de C2D Prévention intervient sur ce point : dans le cadre de la méthode CAP, un diagnostic RPS mesure l’exposition des équipes avant l’arrivée de l’outil, puis suit son évolution.
L’IA modifie peu les risques physiques et agit surtout sur les risques psychosociaux (Éditions Tissot, 24 juin 2026).
Cet article précise ce que ces risques recouvrent, ce que prévoit le cadre légal et comment les intégrer au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
Pourquoi l’intelligence artificielle fait-elle évoluer les risques psychosociaux ?
L’intelligence artificielle déplace une part du travail vers le contrôle, la correction et l’interprétation de résultats produits par un outil, ce qui modifie la charge, l’autonomie et les repères des salariés. Les Éditions Tissot donnent l’exemple d’un agent administratif qui saisit moins de données et consacre davantage de temps à vérifier le travail d’une IA. Le module Multitasking : charge mentale et burnout de C2D Prévention aborde un mécanisme voisin : notifications, interruptions et sollicitations permanentes augmentent la charge mentale et favorisent le stress chronique.
Dans sa synthèse de septembre 2025, l’INRS reprend les travaux de l’IRSST du Québec. Ceux-ci rattachent à l’IA plusieurs risques psychosociaux possibles : intensification du travail, baisse de l’autonomie, isolement social, crainte de perdre son emploi et manque de confiance dans la technologie. Le rapport de l’OIT de 2025, résumé dans la même synthèse, cite aussi les cadences, l’insécurité du travail et la perte de contrôle sur le travail.
Les Éditions Tissot ajoutent un flou sur les responsabilités quand une décision est assistée par une IA, et une impression de surveillance accrue dans certains secteurs, comme la logistique ou la relation client.
| Quels effets sur la charge mentale et l’autonomie ?
Les systèmes d’IA qui dirigent le travail peuvent accélérer le rythme et réduire le contrôle des salariés sur leur activité. L’agence européenne EU-OSHA décrit ces systèmes comme des outils qui collectent des données, souvent en temps réel, et alimentent un modèle d’IA qui prend ou prépare des décisions de gestion. Elle relève un risque d’intensification du travail, de perte d’autonomie et de stress, ainsi qu’une pression de performance lorsque l’outil évalue l’activité de chacun.
Ces effets varient selon l’organisation du travail, le niveau d’autonomie, la qualité du management et la formation des salariés. Ils peuvent aussi apparaître avec un décalage : stress chronique, perte de sens ou démotivation ne se manifestent pas toujours dès le déploiement.
Que prévoit le cadre légal pour évaluer ces risques ?
L’article L4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs. L’article R4121-2 prévoit la mise à jour du DUERP lors de toute décision d’aménagement important qui modifie les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail.
Selon la nature du déploiement, l’introduction d’un outil d’IA peut relever de cette situation. Les Éditions Tissot indiquent que l’IA modifie l’exposition des salariés aux risques professionnels, ce qui impose d’adapter le DUERP, et rappellent que toute nouvelle technologie appelle une consultation du CSE.
| Quels usages de l’IA appellent une vigilance renforcée ?
Le règlement européen sur l’IA classe parmi les systèmes à haut risque ceux qui servent à décider des conditions d’une relation de travail, à répartir les tâches selon le comportement individuel ou à évaluer la performance et le comportement des salariés. Ce classement figure à l’annexe III, point 4, du texte.
L’EU-OSHA recommande une approche de précaution lors de l’introduction de ces systèmes, car il est souvent impossible d’anticiper tous les risques d’une technologie récente. Le statut d’un outil précis dépend de son usage et relève d’une analyse juridique propre à chaque situation.
Vous prévoyez de déployer un outil d’IA dans vos équipes ? Contactez C2D Prévention pour évaluer l’exposition aux RPS avant le déploiement.
Comment intégrer l’IA dans le DUERP avec une démarche collective ?
Une démarche collective associe les salariés, teste l’outil sur une équipe pilote et révise le DUERP après chaque déploiement. Les Éditions Tissot expliquent pourquoi : les méthodes classiques reposent sur l’observation de situations existantes, alors qu’un outil encore en phase de test oblige à anticiper des effets à venir, et les référentiels opérationnels restent rares. Les retours des utilisateurs sur la charge de travail, les erreurs de l’IA ou la surcharge de contrôle révèlent des risques absents d’une analyse théorique.
L’EU-OSHA considère la participation des travailleurs comme la pierre angulaire de la prévention et recommande une évaluation périodique, avec leur implication, car ces systèmes évoluent et peuvent devenir nuisibles alors qu’ils étaient jugés sûrs. L’agence recommande aussi de former les managers et les salariés au fonctionnement de ces outils.
La conduite du changement de C2D Prévention suit cinq étapes et intervient idéalement avant l’annonce : préparer les managers, accueillir les premières réactions, cartographier les impacts, structurer la transition, puis ancrer le changement. Le module Gestion du changement de 2h30 entraîne les managers à décrypter les réactions de leurs équipes et à ajuster leur posture.
| Comment suivre les effets après le déploiement ?
Un suivi régulier compare les indicateurs avant et après l’arrivée de l’outil. Les Éditions Tissot citent l’absentéisme et les retours des salariés comme indicateurs pour ajuster la prévention. Le diagnostic RPS de C2D Prévention mesure les pressions, dont la charge, le rythme et la pression numérique, ainsi que les ressources individuelles et organisationnelles. Le baromètre dure environ 5 minutes et se reconduit chaque trimestre ou chaque semestre pour repérer tôt les équipes à suivre.
Les réponses sont anonymes et agrégées, avec un minimum recommandé de 10 répondants par groupe d’analyse. Dans la méthode CAP, la phase Garder le CAP prolonge ce suivi avec un tableau de bord partagé qui permet d’ajuster le plan d’action.
L’intelligence artificielle déplace les risques vers des dimensions diffuses : charge cognitive, autonomie, sécurité de l’emploi, surveillance. Les intégrer au DUERP suppose d’associer les salariés, de tester les outils avant leur généralisation, de former les managers et de réviser le document après chaque déploiement. C2D Prévention relie le diagnostic RPS, la méthode CAP et la conduite du changement pour que le déploiement d’un outil et la prévention des RPS avancent ensemble, au rythme des équipes concernées.
À retenir
- L’IA agit peu sur les risques physiques et surtout sur les risques psychosociaux : charge cognitive, autonomie, insécurité de l’emploi, surveillance.
- L’article R4121-2 du Code du travail prévoit la mise à jour du DUERP lors de toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de travail ; selon le déploiement, un outil d’IA peut relever de cette situation.
- Le règlement européen sur l’IA classe à haut risque certains systèmes de gestion des salariés : décisions sur la relation de travail, répartition des tâches, évaluation de la performance.
- L’EU-OSHA recommande une approche de précaution, la participation des travailleurs et une évaluation périodique des systèmes.
- Un diagnostic avant le déploiement et un baromètre régulier après permettent de suivre l’exposition aux RPS équipe par équipe.
FAQ
L’intelligence artificielle doit-elle figurer dans le DUERP ?
L’article R4121-2 du Code du travail prévoit la mise à jour du DUERP lors de toute décision d’aménagement important qui modifie les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail. Selon la nature du déploiement, un outil d’IA peut relever de cette situation. Les Éditions Tissot recommandent de réviser le document après chaque déploiement.
Quels risques psychosociaux l’intelligence artificielle peut-elle accentuer ?
L’INRS cite l’intensification du travail, la baisse de l’autonomie, l’isolement social, la crainte de perdre son emploi et le manque de confiance dans la technologie. L’EU-OSHA ajoute la pression de performance liée aux outils qui évaluent l’activité des salariés.
Qui doit piloter l’évaluation des risques liés à l’IA ?
Les Éditions Tissot posent la question de la direction, des équipes informatiques ou des managers opérationnels, et soulignent que la dimension transverse du sujet demande une coordination renforcée. L’EU-OSHA insiste sur l’implication des travailleurs à chaque étape de conception, de déploiement et d’évaluation de ces systèmes.
Pour aller plus loin
Pourquoi évaluer les RPS avant un changement organisationnel ? Un nouvel outil ou une réorganisation modifie l’exposition aux RPS avant l’annonce.
Surcharge d’information au travail : un risque caché pour la santé et la performance Les effets de la surcharge cognitive sur la santé et la performance.
Risques psychosociaux au travail : que cache la baisse nationale mesurée par la Dares ? Pourquoi une moyenne nationale ne remplace pas un diagnostic propre à l’organisation.
Voir aussi
Diagnostic RPS : la démarche de diagnostic de C2D Prévention, en deux formats, qui mesure pressions et ressources.
Module Management et Santé Mentale Collective : un programme destiné aux dirigeants, managers et responsables d’équipe.
Conduite du changement : l’accompagnement en cinq étapes, de la préparation des managers à l’ancrage dans la durée.
Un outil d’IA arrive dans votre organisation ? Prenez contact avec C2D Prévention pour préparer l’évaluation des RPS qui accompagnera ce déploiement.
Sources
(2025, septembre). Intelligence artificielle et santé et sécurité au travail (Infos à retenir AC 197, Références en santé au travail n° 183). A. Bijaoui, E. Peris. https://www.inrs.fr/dam/inrs/CataloguePapier/DMT/TI-AC-197.pdf
EU-OSHA. (2022). Artificial intelligence for worker management: prevention measures (policy brief). https://osha.europa.eu/sites/default/files/documents/artificial-intelligence-prevention_en.pdf
EU-OSHA. (2024, 10 octobre). Digital technologies at work and psychosocial risks: evidence and implications for occupational safety and health. https://osha.europa.eu/en/publications/digital-technologies-work-and-psychosocial-risks-evidence-and-implications-occupational-safety-and-health
Code du travail, article L4121-1 (Code du travail numérique, ministère du Travail). https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/l4121-1
Code du travail, article R4121-2 (Code du travail numérique, ministère du Travail). https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/r4121-2
Règlement européen sur l’intelligence artificielle, annexe III : High-Risk AI Systems Referred to in Article 6(2) (AI Act Explorer). https://artificialintelligenceact.eu/annex/3/
Éditions Tissot. (2026, 24 juin). M. Sajno, Intégrer l’intelligence artificielle dans le DUERP : une nécessité émergente face à des difficultés concrètes. https://www.editions-tissot.fr/actualite/sante-securite/integrer-lintelligence-artificielle-dans-le-duerp-une-necessite-emergente-face-a-des-difficultes-concretes
Pages consultées sur c2dsmc.com : Diagnostic RPS, Méthode CAP, Conduite du changement, Module Gestion du changement, Module Multitasking : charge mentale et burnout, Module Management et Santé Mentale Collective, Contact, articles du blog cités. https://c2dsmc.com/
